Caméra thermographique : choisir et installer un modèle certifié CNPP

L’essentiel en 30 secondes

  • Une caméra thermique détecte un écart, une caméra thermographique mesure : seuls les modèles « T » portent un seuil d’alarme en degrés.
  • La portée à retenir est celle de la cible normalisée de 0,5 × 0,5 m (ST DEC 19.005), environ la moitié de celle annoncée sur une cible d’un mètre.
  • Un certificat CNPP couvre des références, des optiques, une version de firmware et une date de fin de validité. Les quatre se vérifient à la date du projet.
  • La conformité se joue aussi à l’installation : alimentation EN 54-4, contact d’alarme câblé en direct, détection de masquage, accès HTTPS.

Sur un site de stockage de déchets, de bois ou de palettes, une montée en température se repère bien avant la moindre flamme. La caméra thermographique est l’outil naturel de cette surveillance, souvent exigée certifiée CNPP par les assureurs.

Encore faut-il que la certification tienne jusqu’au bout. Un modèle mal choisi, une portée lue sur la mauvaise cible ou un contact d’alarme passé par un switch suffisent à la faire tomber. Voici ce qu’il faut vérifier, de la référence à la mise en service.

Thermique ou thermographique : ce qui change

Une caméra thermique forme une image à partir du rayonnement infrarouge : elle détecte une présence ou un point chaud, sans réellement mesurer. Une caméra thermographique est étalonnée pour mesurer la température de chaque point de l’image et déclencher une alarme sur seuil, sur écart ou sur variation.

Chez Hikvision et HikMicro, la distinction se lit dans la référence : le suffixe « T » désigne les modèles radiométriques. Une même série, déclinée en deux versions, montre l’écart.

Référence Usage Plage de mesure Précision
HM-TD2638 Thermique, alarme sur écart −20 à +150 °C ±8 °C
HM-TD2638T Thermographique −20 à +650 °C ±2 °C ou ±2 %

● Une seule lettre d’écart

Sur un bon de commande, les deux références se confondent facilement. Le HM-TD2638 ne peut pas porter un seuil de plusieurs centaines de degrés et n’entre pas dans la certification. Vérifiez la référence complète, suffixe de génération compris.

La portée qui compte : celle de la cible normalisée

Schéma d'une caméra thermographique face à trois cibles de tailles différentes, la cible normalisée fixant la portée opposable
La portée d’une caméra dépend de la taille de la cible : seule la cible normalisée de la ST DEC 19.005 sert au dimensionnement.

Les fiches produit annoncent des distances flatteuses, exactes mais mesurées sur une cible souvent d’un mètre de côté. La spécification technique CNPP ST DEC 19.005, qui encadre la détection de chaleur par caméra, retient une cible de 0,5 × 0,5 m : c’est la seule valeur opposable pour dimensionner une installation certifiée.

Sur une même optique, la cible d’un mètre double pratiquement la distance :

Modèle Cible 0,5 × 0,5 m (ST DEC 19.005) Cible 1 × 1 m
HM-TD2628T-3 29 m 58,3 m
HM-TD2628T-7 59 m 116,7 m
HM-TD2628T-10 81 m 162 m

Portées certifiées de la gamme HikMicro, sur la cible normalisée :

Modèle Résolution Optiques Portée certifiée
HM-TD1228T 256 × 192 2 / 3 / 7 / 10 mm 16 / 29 / 59 / 81 m
HM-TD2628T 256 × 192 2 / 3 / 7 / 10 mm 16 / 29 / 59 / 81 m
HM-TD2638T 384 × 288 4 / 8 / 10 mm 36 / 63 / 83 m
HM-TD2168T 640 × 512 5 mm 43 m
HM-TD2668T 640 × 512 10 mm 83 m

Ce qu’un certificat CNPP couvre réellement

Un certificat CNPP n’est pas un label de marque. Il porte sur une liste fermée de références, d’optiques et de résolutions, avec une version de firmware et une date de fin de validité. Ce qui n’y figure pas n’est pas couvert, même si la gamme voisine l’est.

Certificat Références couvertes Fin de validité
32.20.221 DS-2TD2137T, 2167T, 2637T, 2667T ; HM-TD2168T, HM-TD2638T, HM-TD2668T 29/03/2029
86.24.221 DS-2TD2628T, HM-TD2628T 01/04/2027
81.23.221 DS-2TD1228T, HM-TD1228T 18/12/2026
82.23.221 Séries DS-2TD55xxT et HM-TD55xxT 18/12/2026

Le 32.20.221 l’illustre : sa version de 2023 ne couvrait que la gamme DS-2TD et expirait le 29 mars 2026. La version renouvelée, en vigueur depuis le 30 mars 2026, intègre la génération HikMicro et les révisions ST DEC.19.005 A et DEC.17.04 B. Un dossier monté avec l’ancien document présenterait une pièce périmée.

● Ce qu’il faut relever sur le certificat

Numéro et date de fin de validité, référence et optique exactes, firmware testé (5.5.348 pour la gamme HM-TD sur le 32.20.221) et conditions certifiées (−25 à +70 °C, IP66), qui priment sur la fiche produit.

Les exigences d’installation à respecter

La certification du produit ne suffit pas : l’annexe de mise en œuvre du constructeur fixe les conditions dans lesquelles elle reste valable sur un site. Sept points reviennent systématiquement.

Schéma d'une caméra thermographique reliée à une alimentation, à un switch et, en direct, à une centrale d'alarme
Le flux vidéo peut transiter par un switch ; le contact d’alarme, lui, va d’une seule traite de la caméra à la centrale.
  1. Relais 1 en normalement fermé pour le défaut technique, masquage et perte d’alimentation : une caméra coupée doit se signaler d’elle-même.
  2. Relais 2 dédié à l’alarme de température, configuré en NO ou NF selon la centrale.
  3. Contact d’alarme câblé en direct jusqu’à la centrale, sans switch, convertisseur, boîtier de report ni fibre.
  4. Alimentation sur une source certifiée EN 54-4, ce qui fait trois liaisons par caméra : alimentation, réseau et contact.
  5. Détection de masquage activée et armée en permanence, avec report vers le centre de surveillance.
  6. Accès en HTTPS uniquement, avec un certificat reconnu par l’infrastructure du site. L’accès HTTP est proscrit.
  7. Tests périodiques des sorties relais, déclenchables depuis la vue en direct de la caméra.

● Notre recommandation

Intégrez dès la conception l’alimentation EN 54-4 et le câble de contact dédié. Ce sont les deux postes qui manquent le plus souvent au chiffrage, et ils conditionnent le volume de la baie technique.

Enregistrer un parc bi-spectral

La plupart des caméras thermographiques actuelles sont bi-spectrales : un module thermique et un module visible dans le même boîtier, sur une seule adresse IP. Chaque module produit son propre flux, et c’est là que les architectures divergent.

Schéma d'une caméra bi-spectrale dont les deux flux occupent deux voies d'enregistreur ou une seule licence Nx Witness
Sur un enregistreur, un parc bi-spectral consomme deux fois plus de voies que de caméras ; sous Nx Witness, une licence par caméra.

Sur un enregistreur à voies, un parc de 18 caméras occupe 36 voies : un modèle 32 voies ne suffit pas. Sous Nx Witness, les licences se comptent par adresse IP, soit une par caméra quel que soit le nombre de flux.

L’enregistrement doit rester continu : une montée en température n’a de valeur de preuve que si l’image précède l’alarme. Avec un flux visible 4 MP en H.265 à 15 images/s et un flux thermique à 25 images/s, comptez de l’ordre de 3,75 Mbit/s par caméra, soit environ 40 Go par jour et 1,2 To par caméra pour un mois de conservation, durée maximale en vidéoprotection.

Les réglages qui font tenir le système

Une caméra conforme et bien câblée peut encore être désactivée au bout de quelques semaines si elle alarme sans cesse. Trois réglages évitent ce scénario :

● Un point de rappel

La détection thermographique surveille des montées en température. Elle ne remplace pas un équipement réglementaire de sécurité incendie : elle intervient en amont, en complément.

En résumé

Une installation thermographique certifiée repose sur quatre vérifications : un modèle « T » couvert par un certificat en cours de validité, une portée lue sur la cible normalisée, une chaîne d’alarme câblée selon l’annexe du constructeur, et des réglages qui gardent les fausses alarmes à un niveau exploitable. Aucune ne se rattrape facilement après la mise en service.

Pour aller plus loin

Un projet de détection thermographique à certifier ?

Notre bureau d’études vérifie les références, les certificats et les portées de votre implantation avant le chiffrage.

Faire étudier votre site

ou appelez le 04 28 70 43 87