Comment dimensionner la bande passante d’un routeur Internet pour un site de vidéosurveillance ?
Introduction
Lorsqu’on déploie un système de vidéosurveillance IP avec accès distant, la question de la bande passante Internet revient systématiquement : combien faut-il prévoir au niveau du routeur du site ? Quelle ligne souscrire ? Va-t-on saturer le forfait data en cas de consultation prolongée ?
Le dimensionnement n’est pas qu’une affaire de calcul brut : il dépend du comportement de l’utilisateur, du type de flux affiché, du codec utilisé et du nombre d’images par seconde.
Cet article propose une méthode simple et reproductible pour estimer le débit nécessaire, illustrée par deux exemples concrets représentatifs des installations courantes.
Comprendre les deux flux d’une caméra IP
La quasi totalité des caméras IP du marché expose deux flux distincts en parallèle.
C’est cette architecture, appelée dual streaming, qui permet d’optimiser la bande passante sans dégrader la qualité d’enregistrement.

Le flux principal (main stream)
Le flux secondaire est conçu pour les vues en mosaïque, l’aperçu mobile et l’affichage à distance. Il est volontairement encodé en basse résolution et pèse en moyenne 192 Kbps – soit plus de 20 fois moins qu’un flux principal.
Le point clé à retenir
Le flux secondaire sera toujours significativement plus léger que le flux principal. La consommation réelle de bande passante dépend donc essentiellement de ce que l’utilisateur affiche à distance : si le client distant n’affiche que des mosaïques, c’est presque toujours le sub-stream qui transite. S’il passe une caméra en plein écran ou en haute qualité, c’est le main stream qui prend le relais.
La plupart des logiciels de gestion vidéo (VMS) gèrent cette bascule automatiquement : si la bande passante disponible est insuffisante pour afficher le flux principal, le client passe en sous-flux sans intervention de l’utilisateur.
Codecs et fréquence d’images : deux paramètres déterminants
Deux facteurs techniques déterminent le poids d’un flux vidéo, en plus de la résolution et de la complexité de la scène filmée :
Le codec utilisé. Le H.264 est le standard historique, universellement supporté. Le H.265 (HEVC) offre, à qualité équivalente, environ 30 à 50 % de débit en moins, mais demande davantage de ressources CPU côté client pour le décodage. Lorsqu’il est disponible sur les caméras et géré par les postes de visualisation, il permet de réduire significativement la facture réseau.
Le nombre d’images par seconde (fps). On travaille couramment en 15, 25 ou 30 fps. Passer de 25 fps à 15 fps réduit le débit d’environ 30 à 40 %, sans dégrader fortement l’exploitabilité des images dans la majorité des contextes (surveillance générale, comptage). Pour les scènes très dynamiques (caisses, lecture plaque, sécurité haut niveau), on conservera 25 ou 30 fps.
Adapter la résolution affichée à celle du moniteur
Un point souvent négligé qui peut faire gagner énormément de bande passante : il n’est pas pertinent ni nécessaire d’afficher un flux principal en 4 MP sur un moniteur dont la résolution native ne dépasse pas 1080p.
Concrètement :
- Un moniteur Full HD (1920 × 1080) affiche au maximum environ 2 mégapixels. Lui envoyer un flux 4 MP ou 8 MP signifie que le client va recevoir une image qu’il devra ensuite redimensionner à la baisse pour l’afficher. La bande passante consommée pour transporter les pixels excédentaires est donc totalement perdue.
- Un moniteur 4K (3840 × 2160) affiche jusqu’à environ 8 mégapixels. Au-delà, le surplus est également perdu.
En pratique, sur un poste de supervision distant équipé d’un moniteur Full HD, afficher des caméras 4 MP ou 8 MP en flux principal n’apporte aucun bénéfice visuel : l’image affichée sera identique à celle d’un flux 2 MP, mais aura consommé deux à quatre fois plus de bande passante. Le flux secondaire ou un flux principal correctement dimensionné suffit largement dans la plupart des cas de consultation à distance.
Le trafic des services système : faible mais à connaître
Au-delà de la vidéo, un site de vidéosurveillance échange en permanence de petites quantités de données avec l’extérieur dès lors qu’au moins un serveur a accès à Internet. On retrouve typiquement :
- La détection de l’adresse IP publique : interrogation périodique d’un service web pour identifier l’IP publique du site (utile derrière un NAT).
- La synchronisation horaire avec un serveur NTP, pour garantir l’horodatage correct des enregistrements.
- Les statistiques anonymes d’usage et les rapports d’erreur : envoi mensuel, généralement désactivable dans les paramètres.
- Les services cloud associés (si activés) : maintien de la connexion pour l’accès distant via cloud, push de notifications, etc.
- Les mises à jour logicielles : ponctuelles, mais qui peuvent représenter quelques centaines de Mo à chaque déploiement.
En cumul, hors mises à jour, ce trafic représente quelques dizaines de kilo-octets par heure. C’est totalement négligeable face au flux vidéo, mais bon à connaître pour les sites en 4G/LTE avec des forfaits data limités, où chaque Mo compte.
Où se situe le goulot d’étranglement ?
Avant de chiffrer, il est utile de visualiser le parcours du flux vidéo entre la caméra et le poste de consultation distant.

Sur le réseau local (LAN), le débit n’est jamais un problème : un switch gigabit absorbe sans difficulté les flux cumulés de plusieurs dizaines de caméras. Le point critique est l’upload du routeur Internet du site — c’est-à-dire le débit montant entre le serveur et l’extérieur.
C’est ce sens (caméras → Internet → client distant) qui est généralement le plus contraint sur les liaisons xDSL et fibre asymétriques. La règle de dimensionnement est donc :
Bande passante upload à prévoir = nombre de flux affichés simultanément à distance × débit de chaque flux
Exemple 1 : 20 caméras 4 MP, vue distante en sub-stream
Hypothèses
- 20 caméras 4 mégapixels enregistrées localement sur le serveur
- Codec H.264, 15 fps, qualité moyenne
- Accès distant : mosaïque des 20 caméras en flux secondaire uniquement
- Durée moyenne de consultation : 8 heures par jour ouvré
Calcul du débit simultané
20 caméras × 192 Kbps = 3 840 Kbps, soit environ 3,84 Mbps en upload sur le routeur du site pendant la consultation. Une fibre ou un VDSL correctement provisionné en upload absorbe cela sans difficulté.
En ajoutant une marge de sécurité de 20 à 30 % pour couvrir les pics et les services annexes, on vise environ 5 Mbps d’upload disponibles en permanence.
Volume mensuel
- Usage typique 8 h/jour, 30 jours : 3,84 Mbps × 3 600 s × 8 h × 30 j ÷ 8 ≈ 41,5 Go
- À titre indicatif, en consultation 24 h/24 sur 30 jours (cas extrême type PC de supervision toujours allumé) : ≈ 1 244 Go, soit environ 1,24 To
L’effet du temps de consultation est immédiat : sur le même site, le volume mensuel varie d’un facteur 30 selon que le client est connecté en continu ou seulement aux heures ouvrées.
Exemple 2 : 4 caméras 4 MP, vue distante en flux principal
Hypothèses
- 4 caméras 4 mégapixels
- Codec H.264, 25 fps, qualité standard, débit principal estimé à 4 Mbps par caméra
- Accès distant : affichage des 4 caméras en flux principal (recherche d’incidents, levée de doute en haute qualité)
- Durée moyenne de consultation : 8 heures par jour
Calcul du débit simultané
4 caméras × 4 Mbps = 16 Mbps en upload pendant la connexion. C’est plus de quatre fois le débit du premier exemple, alors que le site compte cinq fois moins de caméras. La différence vient uniquement du choix d’afficher le flux principal.
Une fibre standard absorbe ce besoin sans difficulté. En revanche, un VDSL ou une ligne ADSL classique commencent à montrer leurs limites, surtout si plusieurs utilisateurs se connectent en même temps. On vise donc 20 Mbps d’upload pour conserver une marge confortable.
Volume mensuel
- Usage 8 h/jour, 30 jours : 16 Mbps × 3 600 s × 8 h × 30 j ÷ 8 ≈ 173 Go
- À titre de comparaison, le même site en sub-stream uniquement consommerait : 4 × 192 Kbps = 0,77 Mbps, soit environ 8,3 Go sur 30 jours — soit 20 fois moins.
Comparaison visuelle des deux scénarios

La leçon est claire : un site de 20 caméras consulté en sub-stream consomme moins qu’un site de 4 caméras consulté en main stream. Le nombre de caméras n’est pas le seul critère — le choix du flux affiché à distance est tout aussi déterminant.
| Scénario | Caméras | Type de flux | Débit / caméra | Bande passante simultanée | Volume sur 30 j (8 h/j) | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Site avec 20 caméras 4 MP — distance | 20 | Secondaire | ≈ 192 Kbps | ≈ 3,84 Mbps | ≈ 41,5 Go | |
| Site avec 4 caméras 4 MP — distance | 4 | Principal | ≈ 4 Mbps | ≈ 16 Mbps | ≈ 173 Go | |
| Site avec 20 caméras (référence 24/7) | 20 | Secondaire | ≈ 192 Kbps | ≈ 3,84 Mbps |
|
Note : les débits par caméra sont des estimations typiques. Le débit réel dépend de la résolution exacte, du codec utilisé (H.264 ou H.265), du nombre d’images par seconde, du niveau de qualité configuré et de la complexité de la scène filmée.
La méthode en 3 étapes
Pour dimensionner correctement la bande passante d’un site, il suffit de répondre à trois questions, dans l’ordre :

- Quels flux seront affichés à distance ? Sub-stream pour les mosaïques (≈ 192 Kbps par caméra), main stream pour le plein écran ou la haute qualité (plusieurs Mbps par caméra).
- Combien de temps par jour ? C’est ce qui détermine le volume mensuel et donc l’adéquation avec un éventuel forfait data plafonné.
- Quelle marge prévoir ? 20 à 30 % au-dessus du débit calculé pour absorber les pics, les services système, les mises à jour et les usages non anticipés.
Conclusion
Le dimensionnement de la bande passante Internet pour un site de vidéosurveillance n’est pas une science exacte, mais une démarche structurée qui repose sur la compréhension du comportement réel des utilisateurs.
La règle d’or à garder en tête : le flux secondaire sera toujours nettement plus léger que le flux principal, et c’est cet écart qui fait toute la différence dans le dimensionnement. Combiné à un choix réfléchi de la résolution affichée (en cohérence avec celle du moniteur de consultation) et à une utilisation pertinente du codec H.265 lorsqu’il est disponible, on peut diviser la facture réseau par plusieurs fois sans aucune perte fonctionnelle.
Pour un dimensionnement précis adapté à votre projet, il est essentiel de prendre en compte à la fois : le nombre et la résolution des caméras, le mode de consultation à distance (mosaïque vs plein écran), la durée d’utilisation quotidienne et les contraintes éventuelles du forfait data.
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